L’essai de Sulayman Matük, profondément critique, prend son départ dans la volonté de déconstruire l’opposition façade moderne/soumission réelle et les illusions trompeuses de l’émirat souverain. À travers une plongée sur la péninsule, Sulayman-Matük cherche à démasquer l’état de tutelle du monde et de son pouvoir avant leur habillage médiatique et soumission à une vérité américaine ou dynastique. « Régner dans le sens plein du terme, ce n’est pas consommer, c’est saisir un destin libre au monde avant tout marchandage. » Ainsi, par exemple, analyser un royaume ne consiste pas à sur-évaluer des gratte-ciel rutilants de sorte que l’on « verrait » un modèle-phare d’un émirat ou d’un ensemble, comme on admirerait un PDG dans une société du numérique. Et on ne peut comprendre le destin d’un citoyen si on le réduit artificiellement en un ensemble passif de consommations et de rentes anesthésiantes. Un corps social est un tout, un peuple est une conscience politique percevant un ordre auquel il donne légitimité. Ce qu’on occulte en disant qu’il est une marionnette. C’est pourquoi le rôle d’un prince arabe est toujours illusoire, positivement ou négativement. Il ne relève pas d’une puissance réelle mais d’une totale dépendance extérieure. Autrement dit, il n’est jamais assimilable à sa glorification dans son palais. Le système est une domination ou une anesthésie générale, c’est-à-dire une certaine inertie dans les volontés orientées vers une soumission, un blocage dans le dialogue entre le monarque et le citoyen. Les fastes d’un trône se structurent en un théâtre qui, au mépris de son peuple, a du pétrole et de la servitude. « Notre silence est le point d’ancrage de notre soumission dans le système. » Sulayman Matük veut dénoncer l’illusion-de-puissance au-delà du récit classique, de type mercantile, qui distingue l’émirat du protecteur. Cette distinction est une fracture béante entre deux réalités : l’une est une « vitrine dorée », le reste une « masse sous-anesthésie » purement passive.